Compagnie Ribac-Schwabe

Le Monde de la Musique, avril 1999

Le regard de Lyncée

Compositeur en résidence au Blanc-Mesnil pendant trois ans, François Ribac et sa Compagnie Musiques en Scène signent un nouveau spectacle Le Regard de Lyncée mis en scène par Patrice Bigel.

À la confluence du rock, des musiques improvisées et de la création contemporaine, François Ribac compose depuis 1986 pour la scène et l'image. Co-Lauréat de la Fondation Beaumarchais avec son opéra Le Regard de Lyncée, il a remporté en février dernier un nouveau prix de composition, attribué par Pro Lyrica et la SACD (Société des auteurs et Compositeurs Dramatiques) pour la comédie musicale Qui est Fou ? sur un livret d'Hervé Le Tellier. Qu'il destine ses partitions au cinéma de Jean-Louis Bertucelli, au film muet La Rue (Kinopéra, 1997) ou à sa compagnie de théâtre - les opéras de chambre Marguerite Ida et Helena Annabel d'après Gertrude Sein (1992) et Un Demi Siècle/ Ein Halbes Jahrhundert (1995) - sa musique est inscrite dans une veine populaire parfois réinventée, tant sur le plan mélodique que rythmique (à l'image de ses figures tutélaires, Kurt Weill et Hans Eisler), ce qui n'exclut pas une recherche sur le timbre et un sens original de la prosodie, dans l'esprit des Américains Robert Ashley et Steve Reich.

Confié à trois chanteurs (Marie Grenon, soprano, Eva Schwabe, alto, Ken Norris, baryton), un récitant (Jacques Allaire) et un petit orchestre, Le Regard de Lyncée se veut un spectacle "sur le monde actuel et l'idéologie de la technique; l'ordinateur et le téléphone portable, le multimédia et le “cyberpositivisme”. Évidemment, comme la plupart des musiciens, je manipule moi-aussi cette technologie avec le même type d'excitation générale. Mais je ne voulais pas aboutir à un spectacle parodique, une sorte de comédie musicale sur Internet et Bill Gates quoique... Dans la figure de l'argonaute Lyncée, héros marginal de la mythologie grecque, j'ai trouvé la représentation du visionnaire, celui qui guide dans la brume, détecte l'or à travers la pierre, et dans le Second Faust de Goethe, aperçoit au loin les armées. C'est moins le héros de l'Antiquité que son double “moderne” qui m'intéresse. Sur une dramaturgie que nous avons conçu préalablement, nous avons demandé à des écrivains (Marie-Claire Pasquier, Hervé Le Tellier, Serge Grünberg) d'écrire des scènes dans le style qu'ils affectionnent. La figure de Lyncée est exposée en trois périodes, de l'épopée homérique au XIXe siècle romanesque de Jules Verne, époque où dans les baraques foraines, on présentait aux badauds les rayons X, découverts par Röntgen, pour conclure sur le présent et l'âge de machines de plus en plus performantes : satellites d'observation, météorologiques, caméras pour la chirurgie, prothèses oculaires, images virtuelles”.

Vocalement, François Ribac a cherché à décliner pour ses trois époques différents modes. Ainsi pour les grecs, le chant privilégie la courbe du récitatif et le rythme de la danse, tandis qu'à l'époque moderne, plusieurs voix interfèrent. Pour ce Regard de Lyncée, la collaboration avec le metteur en scène Patrice Bigel (fixé à l'Usine Hollander à Choisy le Roi) n'est pas fortuite : il est l'un des rares hommes de théâtre à porter une attention méticuleuse à la bande-son de ses spectacles. C'est sa seconde réalisation lyrique, puisqu'en 1993 il mettait en scène le Cid de Massenet, à Rouen.

Franck Mallet

Création au Forum Culturel du Blanc-Mesnil les 7 et 8 avril. Représentations suivantes les 28 (20 h 45) et 29 (14 h30) avril au Manège de Reims, le 7 mai (20h 30) à l'Espace Louis Lumière d'Épinay sur Seine, le 11 mai (20h 30) au Moulin du Roc à Niort et le 18 mai (20h 30) au Centre des Bords de Marne du Perreux.