Compagnie Ribac-Schwabe

La lettre du musicien, été 1999

"Le regard de Lyncée" de François Ribac

"Une vue m'est donnée comme celle du lynx sur l'arbre le plus élevé mais ce n'est pas seulement pour me réjouir que je suis posté ici, tout en haut : quel spectacle d'effroi et d'horeur surgit, menaçant du monde enténébré ".

C'est à partir de ces vers de Faust que François Ribac (né en 1961) a conçu son dernier opéra de chambre Le regard de Lyncée, prêtant au héros grec revisité par Goethe de nouvelles métamorphoses; Tour à tour rayon X, attraction de foire au XIXe siècle ou satellite espion sur un livret quelque peu kitsh -second ou premier degré ?-, Lyncée traverse trois époques, qu'illustrent musicalement trois modes de narration: langage modal et récitatifs pour les récits mythologiques, musiques populaires et rythmes endiablés pour les foires et de longs développements lyriques pour “l'âge spatial”.

Les trois chanteurs Marie Grenon, Eva Schwabe et Ken Norris remarquables tant par la qualité de leur interprétation que par leur capacité aisé mouvoir à travers la diversité des genres mélodiques que leur impose la partition, alternent parlando, chant lyrique, vocalises chanson de cabaret ou de rock, dialoguent en canon avec leur propre voix grâce à un dispositif de diffusion en boucle -on pense à la série des Contrepoint de Steve Reich- se prêtent à de beaux ensembles. "L'orchestre"; composé de musiciens de la Compagnie "Musiques en Scène", comprend neuf instruments acoustiques, acoustiques amplifiés et des synthétiseurs. Le décor lui-même évolue, depuis la machinerie de théâtre jusqu'au dispositif du magnifique acte final, où alternant -en phase avec la musique- images de synthèse, scènes filmées ou dessins animés, l'écran commente une situation, plante un décor, dédouble les personnages ou crée le mouvement qui les entoure.

La palette des styles que déploie François Ribac -tard venu à la musique “sérieuse”, ancien bassiste de rock et de jazz- se ressent des multiples influences de son sinueux parcours. “Il ne s'agit pas tant d'emprunt que d'empreinte” résume t-il laconiquement. C'est au terme d'une tournée de deux mois en France que nous avons pu entendre Lyncée au Centre des Bords de Marne du Perreux (18 mai).

Grégoire Hetzel