Compagnie Ribac-Schwabe

Libération, 14 novembre 1996

Kinopéra ou l'expressionisme revisité

À l'époque du cinéma muet, il y avait parfois de faux chanteurs, muets aussi (avec un gramophone dans les coulisses) et souvent de vrais musiciens, qui essayaient de caler leurs mesures sur le rythme de l'action -sans parler des grandes envolées lyriques. Le cinéma parlant s'en est souvenu (Ragtime, L'arnaque...), à partir de Scott Joplin. Mais là, il s'agirait plutôt du Dieu Baal ou d'un moderne Moloch, régnant sur les noires cités industrielles telles que les voyaient les expressionnistes allemands ou flamands. D'abord le film La Rue (1923), dérive d'un petit bourgeois qui s'enfonce dans les mystères et les misères fantastiques de la ville à la suite d'une prostituée (en copie neuve projetée à vitesse ad hoc).

Le livret, écrit par François Ribac et Eva Schwabe autour de poèmes, notamment de Verhaeren, est mis en musique par le premier et chanté par la seconde, entourée de trois autres voix. Ce chœur, accompagné d'une bande, "jouera" certains rôles en pleine lumière. C'est alors que l'on quitte l'évocation expressionniste : autour du film, évidemment en noir et blanc, vont se déployer les décors, les costumes et maquillages des chanteurs-comédiens, qui seront "fauves", contrastés et colorés. Autrement dit, on assistera à une manière de spectacle total ou bien deux spectacles mis en perspective, en complémentarité. Cette production de la compagnie Musiques en Scène partira en tournée nationale après la représentation de ce soir.

Marc Saint Simon