Compagnie Ribac-Schwabe

La lettre du musicien, février 1997

Création : Kinopéra de François Ribac

Le terme prestigieux d'opéra désigne aujourd'hui des productions théâtrales et musicales fort diverses. Ainsi, Kinopéra de François Ribac superpose t-il le cinéma au théâtre, à la déclamation, à la chanson, dans la lointaine tradition des accompagnements de films muets. Sans être un chef d'œuvre absolu, le film de Karl Grune La Rue (1923), offre l'intérêt d'un traitement audacieux de l'image. On peut y voir un réservoir de clichés type de l'expressionnisme allemand : une telle esthétisation de la rue, de la foule et de la ville constitue dans le cadre du Festival “Vive le cinéma” organisé par le Conseil général de la Seine-Saint-Denis, ce que l'on appelle, en jargon politique un signal fort.

Les textes réunis par le compositeur et Eva Schwabe, quatorze poèmes d'auteurs allemands plus un de Verhaeren, soulignent l'image et donnent au film une profondeur qu'il n'aurait peut être pas lui seul.

Quand à la musique elle-même, fort habilement composée, elle ne se justifie que dans le rapport qu'elle entretient avec le spectacle et la mise en scène. Ribac utilise avec beaucoup d'imagination et sans esprit parodique des techniques venues de Kurt Weill ou des chansons berlinoises de cabaret, mais s'appuie également sur l'impact physique produit par les musiques répétitives, pour maintenir une pulsation dramatique constante. Il faut dire qu'il est bien servi par une équipe de chanteurs (Eva Schwabe elle-même, Marie Grenon, Frédéric Faye et Cyrius) qui trouvent d'emblée le ton juste, et par la mise en scène de Denis Krief, d'apparence très simple, mais d'une très grande précision dans le réglage des gestes, des mouvements, de la mise en espace.

(Epinay Sur Seine 14 novembre 1997)

Jacques Bonnaure